Officier à la retraite ...

Capitaine
de la Ligne
Ces textes sont tirés du livre d' Elzéar Blaze, Capitaine de la Grande Armée "La Vie Militaire sous l'Empire ou Moeurs de la garnison, du bivouac et de la caserne."

Il fut publié en 1837...il retrace avec émotions les grandes étapes de la vie du soldat.


Elzéar Blaze s’engage aux Vélites de la Garde  Impériale , puis sous-lieutenant et est affecté au 108 ième de Ligne avec le maréchal Davout en Allemagne . Il est à Friedland en 1807. Nommé lieutenant en  1809, il sera blessé à Wagram. En  1811, il est nommé capitaine, aide de camp du général Rottembourg , il fait la campagne d’Espagne…il ne fera pas la Russie.

Il servira le roi à la première restauration, quitte l’Armée au retour de l’Empereur en Avril 1815 et reprend du service après Waterloo en Octobre 1815 comme chef de bataillon au 1er régiment de la Garde Royale.
Passionné de chiens et de chasse, il quitte l’Armée en 1819.
Il se retire a Chennevières-sur-Marne dont il sera Maire de 1826 à 1830.
Il décède  en 1848 a Paris.



Nous transcrivons ici un texte dans l' esprit des textes de Coppée, tel que celui figurant sur notre site.

Il s'agit de réflexions sur la mise en retraite des officiers!


Un de nos sabres d'Officer de Cavalerie


"

Pendant les trente années qu'un officier passe au service, il pense tous les jours à l'époque ou, recevant sa retraite, il pourra, libre de tout devoir, agir a sa fantaisie, planter ses choux ou les faire planter.
 Lorsque l'heure a sonné, quand il est installé dans sa petite ville, ordinairement il s'ennuie. Sa vie était coupée chaque jour par des évènements, par des épisodes; elle va couler dans une effrayante uniformité.
Heureux s'il a choisi pour sa résidence une ville de garnison; dans ce cas, l'heure de la parade, l'arrivée d'un régiment, une grande manœuvre, sont pour lui des bonnes fortunes qu'il ne manque jamais.

A Metz, Lille, Valenciennes, Strasbourg, les officiers en retraite abondent plus qu'ailleurs. Ceux qui, sans famille, n'éprouvent aucune prédilection pour un lieu de résidence, choisissent une ville de guerre, parce qu'au moins ils pourront voir faire aux autres ce qu'eux faisaient autrefois.

L'officier en retraite est facile à reconnaitre. D'abord sa figure ne ressemble point a celle du notaire ou du médecin; elle est basanée, sévère; ses traits sont fortement prononcés; sa parole est brève, accentuée. Si l'officier rentre dans la vie civile ...il donne encore des ordres , son ton est sans réplique ; il exécute la consigne, il la fait exécuter , parce qu'il faut qu'il obéisse et qu'il soit obéit; c 'est une des conditions de son existence.

II est bon, mais ses enfants tremblent devant lui; s'il parle, ils doivent se taire.

II est vieux, mais sa taille est droite; il marche le jarret tendu; s’il est boiteux, s'il n'a qu'une jambe, si celle qui lui manque est remplacée par un morceau de bois, n'importe, vous entendrez encore le bruit symétrique et cadence du pas militaire.

Si j'ose ici me servir de la plus ignoble des comparaisons, de meme qu'on reconnait un forçat échappé du bagne à la maniére dont il traine la jambe ou la chaine était rivée, un vieux soldat est facilement reconnu par la maniere dont il porte la tète.

 Le premier conserve toujours ses habitudes contractées dans l'infamie du bagne, il croit être encore à Brest ou à Rochefort; le second, fier de ses longs services, de ses blessures, de son ruban, se souvient de Marengo, d'Austerlitz et de Wagram.

L'officier en retraite, dans son habit bourgeois, a toujours quelque chose qui sent le régiment...

Sa cravate noire laisse voir un passepoil blanc; son gilet porte des boutons a numéro, il a souvent un pantalon d'uniforme, et chez lui on le trouve toujours en bonnet de police; sa robe de chambre est un vieux frac raccourci de six pouces.

II ne dit pas : «Je vais faire ma toilette» mais« Je vais me mettre en tenue. » S'il conduit sa femme pour voir la manœuvre car 1'oflicier en retraite est essentiellement marié, son attention est absorbé par les commandements; il voit les fautes et les indique à ses voisins.




...

Ainsi un capitaine de cavalerie, sur le point d'obtenir sa retraite, fit une singulière proposition au plus vieux trompette de son régiment.
Mon ami, lui dit-il, je vais me retirer à la campagne; je possède une petite maison, quelques arpents de terre et ma pension; avec tout cela, j'espére vivre a mon aise. Si tu veux m'accompagner, nous planterons des choux et nous les mangerons ensemble.
Si je le veux! je crois bien que je le veux.

Eh bien, je vais te faire obtenir ton congé, mais j'y mets une condition.
Laquelle?
Tu feras à la campagne, chez moi, le meme service qu'au régiment. Tu sonneras le réveil, l'appel, le pansage, l’exercice, la parade, etc...
Capitaine, je sonnerai tout ce que vous voudrez.


Nos gens partent, arrivent, et s'installent dans une modeste habitation ou le capitaine était enchanté d'être son maitre et de pouvoir disposer de son temps à sa fantaisie. A certaines heures, le trompette après avoir fait résonner l'instrument guerrier, arrivait tout essoufflé dans la chambre de l'officier.

—    Eh bien, qu'est-ce?

—    Capitaine, le régiment monte à cheval.
—    II a raison le régiment, à sa place je ferais comme lui; à ma place, il ferait comme moi, je me moque du régiment.

Ce brave capitaine ne disait pas précisément: "Je me moque...", il se servait d'une ex­pression plus colorée, mais je n'ose pas 1'employer ici.

Ah...ces dignes officiers de cavalerie...ils jurent toujours.
Nous autres fantassins, nous sommes infiniment plus réservés.



Sabre d' Eclaireurs de la Garde

Le ca­pitaine se levait tard, quelquefois il ne se levait pas du tout. II fumait sa pipe, regardait pousser les choux, et riait sous cape en entendant le trompette recommencer périodiquement ses harmonieux solos.


—  Eh bien, qu'est-ce?

Mon capitaine, grande manœuvre aujourd'hui.
Je m'en moque.
Temps superbe.
Tant mieux, mon ami, je m'en moque.
Parade.
Bon!
Pansage.
Excellent.
Inspection.
De mieux en mieux.
Exercice a pied
Apres?
Exercice a cheval.
Je m'y attendais.
Et puis demain la revue du maréchal.
A la bonne heure, parbleu j'en étais sur! Et  là-dessus, il partait d'un éclat de rire.
Eh bien, tu diras que je m'en moque... et je vais me coucher !


"








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