Fabrication et tests de conformité des sabres en l’AN XI et des Cuirasses




L’ensemble des informations, énoncé ci-dessous, vient de différents livres écrits autour de l’AN XI (1802-1803), par des généraux de l’époque, notamment du Général de Brigade Jean-Jacques Basilien de Gassendi, Inspecteur général d'artillerie en 1805.

A partir de ces données, on peut essayer d' avoir une idée exacte, vers 1802, du coût d’un sabre et cuirasse, ainsi que redécouvrir les procédés de fabrication des sabres.
Aussi me suis-je attaché à connaitre l’attribution des poinçons, après le contrôle des armes.

Il faut comparer les coûts des sabres et cuirasses aux salaires en vigueur à l’époque, sachant que les salaires, dès 1800, sont élevés du fait de la pénurie d’hommes.

Ainsi un sabre de Mameluk d’officier coûte 60 Fr, celui de troupe 31 Fr.
Il faut compter 42 Fr pour celui de sapeur et 136 Fr pour un sabre d’honneur de 1802.
Une cuirasse coûte 40 Fr pour un cuirassier et 63 Fr pour un carabinier.

A titre d'exemple, un soldat gagne de l'ordre de 109 Fr par an, un sous lieutenant 1000 Fr, un capitaine 2500 Fr, un colonel 4000 Fr, un général plus de 5500 Fr et un maréchal 40 000 Fr.
Un hectare de terre coûte dans les 900 Fr et un champ d’olivier dans les 1000 Fr.

Un sabre de luxe représente donc  presque 1 1/2 mois de salaire d'un jeune lieutenant. Un sabre de combat plus ordinaire 3 semaines de salaire pour un jeune officier.




Sabre d'Officier de Chasseur à Cheval de la Garde Impériale


Fabrication des montures de sabres et briquets :

Pour les montures, on emploie le cuivre jaune, dit Laiton, ainsi que l'Arco ; ce dernier provenant des crasses du laiton.

La monture du sabre de cuirassier est en Arco.

Le cuivre jaune a plus de consistance que le rouge et s’oxyde moins.
Le vrai laiton contient 7/10 cuivre et 3/10 zinc, les sabres utilisant l’Arco doivent être de ¾ Arco et ¼ de cuivre pur : l’étain et plomb rendent ces alliages cassants.

C'est à la couleur de la cassure qu’on juge de la bonté de l’alliage des pièces de montures.
Les garnitures de sabres se font de cuivre laminé, de la couleur de la monture. Les soudures des pièces en cuivre sont faites avec du borax et du cuivre ayant plus de zinc que l’Arco. Ce qui rend les parties soudées très cassantes.

Les alchimistes se servaient du borax comme flux dans la fusion et la soudure des métaux, cela évitait de chauffer trop le fer ou l'acier soudé et le limiter l'oxydation au sein de la soudure.

La fabrication de 1200 sabres par mois, dont 400 de cavalerie lourde, 400 de cavalerie légère et 400 de dragons, nécessite 93 maitres et Compagnons, à raison de 12 h  par jour pendant 23 jours.


Sabre Cavalerie Légère Modèle An XI


Fourreaux en tôle (type modèle An XI)


La tôle de fer pour fourreau doit avoir 13 points d’épaisseur (1 point = 0,189 mm) soit 2.47 mn, contre 8 points pour le fourreau de l’AN IX).
Chaque feuille de tôle doit fournir 5 fourreaux de sabres de cavalerie de ligne ou légère.
La tôle, de 13 points, a le mérite de résister aux coups de pieds des chevaux. Pour braser les fourreaux, on emploie du fil de laiton de une ligne de diamètre, et du borax réduit en poudre, puis humecté.



Fourreaux en cuir

Le cuir de bœuf est plus épais que celui de vache, mais moins compacte, on le reconnaît à son grain plus gros et plus poreux.
On préfère donc celui de vache, mais la bête doit être de bonne taille.
Un bon cuir entier pèse 24 livres soit 11.75 kg. Le ventre n’est pas employé pour les fourreaux ; dans le cuir restant on fera 24 fourreaux de sabres de dragons.
Prix du cuir en l’an XI est de 3 Fr 20 le kg. Le fourreau de dragon revient, tout compris avec couture à l’Allemande et points serrés, à 1 Fr 60.


Epreuve des sabres

Les sabres sont éprouvés après aiguisage et trempage.
Il faut vérifier leurs proportions, criques, doublures, cendrures et travers dont ils doivent être exempts surtout au dos et tranchant.
Si sans défaut …les lames sont fouettées de chaque coté du plat de la lame puis deux fois sur un billot de chêne très-uni dans une situation inclinée à 45 degrés.

On noircit la lame au charbon pour que, une fois la lame fouettée, une empreinte apparaisse bien sur le billot.

Cette épreuve fait casser les lames ou découvrir les fentes, doublures, etc, sinon on la fait courber lentement sur une flèche de 5 à 7 pouces (cette flèche sera augmentée après 1808 à 8 pouces).
Les lames qui restent faussées sont redressées, retrempées et de nouveau eprouvées.Elles seront cassées si elles se faussent de nouveau.



Sabre de Grenadier à cheval de la Garde Impériale du 3e type



Les briquets sont éprouvés deux fois en appuyant la pointe sur le sol avec 3 pouces de flèche.
Les fourreaux doivent résister, sans être bossés, au choc d’un poids de 2 livres (0.8 kg) tombant à 19 pouces de hauteur (53 cm).
Les bouts en cuivre des fourreaux doivent supporter le même test mais avec un  poids de 7 ounces, haut de 7 pouces.

Il est conseillé que les fourreaux en cuivre soient recouverts en campagne d’un faux-fourreau en cuir.

Pour le sabre de dragon, la coquille et branche principale sont coulées d’une seule pièce puis les branches sont soudées.
On éprouve les gardes en tordant toutes les parties qui en sont susceptibles.

On frappe le quillon du briquet sur un billot pour voir s’il ne casse pas.

En l’an XI on trouvait déjà ces épreuves des lames trop arbitraires. Elles dépendent de la force et de la volonté du contrôleur qui éprouve les lames. Aussi trouvait t on des lames faussées par une seconde épreuve, qui ne l’étaient pas a la première.

Aussi l’idée fut de tailler un bloc de bois courbe avec une bride de cuir pour introduite la pointe de la lame afin de la courber, le long du bloc.
Mais toutes améliorations des tests serontréalisées, après la fin de l’empire.



Poinçons Sabre de Cuirassier AN XI


Les poinçons de contrôle sont appliqués sur :

- Le Talon de la lame
- Le Fourreau
- La Monture

Toute pièce, sans poinçon, est la preuve qu’elle aurait été rebutée.

Transport des Sabres finis et testés :

Ils sont transportés dans des caisses de bois à raison de:


  • 42 sabres de cavalerie lourde par caisse pour un poids total de 192 kg
  • 64 sabres de cavalerie légère pour un poids total de 138 kg
  • 150 sabres d’Infanterie pour un poids de 220 kg


Les sabres sont disposés en couches égales, séparées par des lits de paille et non de foin. Les gardes ne doivent pas toucher les fourreaux. Les voitures de transport doivent être bien bâchées pour éviter toute humidité.

Maintenance des sabres

On emploie, pour le dérouillement des sabres, l’émeri (roche extraite surtout en Turquie et en Grèce, longtemps taillée comme meules ou  réduite en poudre comme abrasif) et l’huile d’olive.
A l’entrepôt, les lames de sabre doivent être remises dans le fourreau qu’après les avoir passées à la pièce grasse


Tests pour les Cuirasses de la cavalerie lourde






Cuirasse de Cuirassier et Carabinier



Ici ce qui nous intéresse, est le test de pénétration des cuirasses.

Le fusil de test est long de 1 mètre 52, son calibre est de 17, 5 millimètres.

Les cuirasses des cuirassiers sont d’une épaisseur de 15 points, en tôle laminée, soit 2.8 cm d’épaisseur.

Le plastron pèse 4.49 kg et le derrière de la cuirasse pèse 3.26 kg.
Les cuirasses ont deux tailles pour répondre aux différences de stature entre les hommes.
Afin d’arrêter les coups de sabres, les cuirasses ont des gouttières à l’échancrure du col.

Les cuirasses de sapeurs, qui n’ont en fait qu’un plastron, sont  plus épaisses, d’un poids de 7.2 kg et non affectées par le tir des carabines même à 12 toises (23 mètres), sauf la carabine tyrolienne (nous y revenons à la fin de l'article) qui la perce à cette distance!
Le tir du fusil français était précis entre cent et deux cents mètres, et encore efficace jusqu'à quatre cent cinquante ou cinq cents mètres

Les cuirasses ne garantissent pas des balles à toutes distances mais de celles, venant de loin, qui ont perdus de leur force, à plus de 200 mètres.

Elles garantissent des coups de sabres ou baïonnettes.



Résultat d’une épreuve réalisée le 11 juin 1807, entre trois différentes cuirasses :

Test sur les cuirasses des cuirassiers (no 1), sur des cuirasses d’acier Allemandes (no 2) et enfin sur les anciennes cuirasses de cavalerie (no 3) qui n’étaient qu’un plastron pesant 6.12 kg en acier et fer corroyés ensemble (utilisés pendant la guerre de 7 ans, mais délaissée car trop lourdes et encombrantes).

Voyons le test


A 75 toises ou 140 mètres test au fusil français :

No 1 percée
No 2 intacte
No 3 intacte

A 54 toises ou 99 mètres au fusil:

No 1 percée
No 2  percée
No 3 Intacte

A 9 toises ou 16 mètres


La no 3 ne fait que le bosseler!


Même test mais au pistolet de cavalerie :

A 18 toises ou 33 mètres

No 1 percée
No 2  intacte
No 3 intacte

A 9 toises ou 16 mètres

Les no 2 et No 3 restent intacts.

Cuirasse vendue par Christies's en 2012 


La cuirasse des cuirassiers est donc bonne à les protéger des baïonnettes et coup de sabres mais pas des balles.

La cuirasse des carabiniers, plus chère, est faites à l’arrière, de cuivre et fer ; et le plastron, d’acier et cuivre mais la dilation différente des deux métaux pose des problèmes de désunion entre les plaques.
Apres  1817, sauf pour les trompettes qui garderont seulement le plastron, les carabiniers non montes n’auront plus de cuirasses.




Un petit mot sur la carabine tyrolienne, c’était une carabine à air !

Conçue en 1779, avec une portée maximale de 500 mètres, c’était un fusil à répétition très précis avec des chargeurs de 30 balles, dotée d’un système d’alimentation simple mais difficile de realisation ( la chambre a air en fer , devant supporter une énorme pression...plus de 10 fois celle d'un pneu d'automobile) et fiable avec un calibre de 9,5 millimètres.
Elle faisait 1,2 metre de long pour 4.5 kg.
Autre raffinement, certains sont munis d’un compteur de balles tirées avec le même réservoir!


Carabine à air de Girandoni

Les rapports sur la portée et l’efficacité de ces armes sont éloquents quant à leur qualité. Les 10 premiers coups ont une portée de 110 mètres, les 10 suivants...91 mètres et les 10 derniers...73 mètres.
Voir la video sur YouTube
et le site tres complet sur cette carabine 

L'Empereur touché au pied devant Rastibonne 

Du fait de sa grande efficacité, l’armée tyrolienne décida de s’équiper de ces fusils et créa même une unité de tireurs d’élite... le manque d’approvisionnement de ce genre d’armes et la difficulté de recharger rapidement ces carabines... elle laissa le projet sans suite!
Selon les dires de Napoléon, c'est un de ces tireurs d'élite tyroliens qui le toucha et le blessa au pied devant Ratisbonne.







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